Mieux vivre avec la migraine

 

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Migraine et microbiote

Migraine et microbiote

Le « deuxième cerveau », ça vous dit quelque chose? Microbiote, microbiome, flore intestinale? La recherche commence à s’intéresser au rôle du système digestif, et plus particulièrement du microbiote, dans la migraine. On essaie de démêler tout ça pour vous.

Avez-vous déjà eu des papillons dans le ventre? Ou encore, cette forme d’intuition qu’on appelle en anglais un « gut feeling »? On peut maintenant penser qu’il nous arrive de sentir ce type de sensations parce que notre système digestif (« gut ») est en communication constante avec notre système nerveux. Autrement dit, imaginez une sorte d’autoroute, qui permet au cerveau et à l’intestin de se « parler ». Si on veut être encore plus précis, on dira que c’est le microbiote qui communique avec le cerveau, et le cerveau avec le microbiote. 

Qu’est-ce que le microbiote?    

Le microbiote intestinal, qu’on appelle aussi « flore intestinale », est l’ensemble des microorganismes qui vivent dans l’intestin grêle et le gros intestin (côlon). Ces microorganismes sont surtout des bactéries, mais aussi, des champignons et des virus. Le microbiome, ce sont les microorganismes et leurs gènes. Le saviez-vous? Le corps humain contient 100 fois plus de gènes microbiens que de gènes humains! Et c’est dans le gros intestin que l’on retrouve la plus grande concentration de communautés microbiennes. 

On appelle l’ensemble des interactions entre le microbiote intestinal et le système nerveux central « l’axe intestin-cerveau ». 

Un microbiote en santé

On observe généralement que les personnes en meilleure santé ont tendance à présenter une plus grande diversité de leur microbiote intestinal. À l’inverse, « dysbiose » est le mot scientifique pour désigner un déséquilibre au niveau du microbiote : par exemple, une diminution de la diversité des « bonnes » bactéries, des changements au niveau du métabolisme ou encore, une augmentation des bactéries nuisibles, appelées « pathogènes ». 

L’alimentation est la cause principale de dysbiose. De nombreux aliments modifient le microbiome humain en entraînant une inflammation intestinale, entre autres les aliments transformés, le sucre, les émulsifiants et édulcorants artificiels. Des facteurs liés au mode de vie influencent le microbiome: dépendance à l’alcool, activité physique insuffisante, manque de sommeil, etc. Certains médicaments peuvent aussi modifier le microbiome. 

Microbiote et migraine : quels liens?

Les chercheurs qui s’intéressent à l’axe intestin-cerveau ont découvert que le microbiote produit des neurotransmetteurs et des hormones. Les neurotransmetteurs sont des substances chimiques libérées par les neurones (les cellules du système nerveux) pour envoyer des messages à d’autres cellules. On sait par exemple que la sérotonine est impliquée dans la crise de migraine. Or, ce neurotransmetteur est produit à 95% dans l’intestin. La sérotonine joue un rôle important dans la régulation de l’humeur, du sommeil, de l’appétit et des émotions. Elle influence également la perception de la douleur. La recherche montre aussi qu’un déséquilibre de la sérotonine est associé à la dépression et à l’anxiété.

De plus en plus d’études suggèrent que le microbiote joue un rôle important dans la migraine par le biais de l’axe intestin-cerveau. D’une part, chez de nombreuses personnes, les crises de migraine sont accompagnées de nausées, de maux d’estomac ou de vomissements. La migraine abdominale est sans doute la forme de migraine  qui exemplifie le mieux le lien entre le système nerveux et le système gastro-intestinal. D’autre part, on remarque que la migraine est plus fréquente chez les personnes qui vivent avec la maladie cœliaque, le syndrome de vomissements cycliques, les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) et le syndrome du côlon irritable (SCI). Pour les chercheurs et les cliniciens, la coexistence de symptômes migraineux et de symptômes gastro-intestinaux constitue une piste à explorer afin de mieux comprendre l'interaction du système nerveux et du système gastro-intestinal. 

Les mécanismes qui relient la migraine et les troubles gastro-intestinaux ne sont pas complètement élucidés. Cependant, dans la recherche récente deux hypothèses se démarquent : la réponse inflammatoire et la perméabilité intestinale. 

Hypothèse n°1: la réponse inflammatoire

De nombreuses études cliniques ont comparé le microbiote de personnes qui vivent avec la migraine avec le microbiote de personnes en bonne santé. On remarque entre autres que la dysbiose est plus fréquente chez les personnes qui vivent avec la migraine. Autrement dit, les personnes qui vivent avec la migraine présentent des différences significatives dans la composition de leur microbiote (notamment au niveau de la diversité et des espèces dominantes) par rapport au groupe contrôle. 

Hypothèse n°2: la perméabilité intestinale

Les cellules qui forment la paroi de l’intestin sont retenues par un réseau de protéines appelé « jonctions serrées ». Ces jonctions agissent comme une barrière protectrice. Chez les personnes en bonne santé, elles sont intactes. Les nutriments dont le corps a besoin pour fonctionner peuvent passer, tandis que les molécules nuisibles sont exclues. 

Lorsque les jonctions serrées sont endommagées, des interstices apparaissent et des toxines peuvent passer à travers la « barrière », et se retrouver dans le sang. Le système immunitaire répond alors en activant les voies de la douleur qui sont liées au nerf trijumeau, très actif pendant une crise de migraine. On sait notamment que la dysbiose, le stress ainsi qu’une mauvaise alimentation altèrent les jonctions serrées.

Un joueur important : les acides gras à chaîne courte

Les acides gras à chaîne courte sont produits lorsque les bactéries présentes dans le côlon fermentent les fibres alimentaires. Ils contribuent à l’intégrité des jonctions serrées qui forment la paroi de l’intestin. Les acides gras à chaîne courte jouent un rôle dans le fonctionnement des cellules immunitaires, réduisent la neuroinflammation et influencent la neuroplasticité. Chez les personnes qui vivent avec la migraine, la dysbiose réduit le nombre de bactéries qui peuvent produire les acides gras à chaîne courte.    

Intégrer plus de fibres à son alimentation (cibler 25-30g par jour) peut être bénéfique pour le microbiote intestinal. En modifiant notre alimentation, on modifie notre microbiote. Manger plus de fibres peut contribuer à augmenter le taux d’acides gras à chaîne courte produits dans le côlon. 

Migraine et alimentation : pas d’orientations claires

La plupart des études consacrées à l'alimentation et à la migraine ne satisfont pas aux critères requis pour formuler des recommandations alimentaires fondées sur des données probantes (faible qualité et manque de cohérence des protocoles de recherche, incohérence des résultats, taille insuffisante des échantillons).

Aucune étude n'a été menée pour évaluer l'efficacité préventive ou la charge mentale que représente la mise en œuvre des « listes d'aliments à éviter » largement diffusées auprès des personnes qui vivent avec la migraine. L'état actuel des connaissances suggère que le fait d'éviter des déclencheurs alimentaires non confirmés pourrait ne pas être justifié, et soulève la question de savoir si le respect de longues listes d'aliments à éviter pourrait être néfaste.

De plus, les risques associés aux régimes alimentaires restrictifs ou particuliers n'ont pas toujours été suffisamment pris en compte. Essayer une diète particulière, que ce soit la diète cétogène, anti-inflammatoire, méditerranéenne, implique de s’informer, de s’organiser, de planifier (des opérations mentales qu'on appelle « fonctions exécutives »). La vie sociale (manger en groupe) s’en trouve souvent compliquée. Ces conséquences de l’autogestion alimentaire sur les fonctions exécutives sont rarement mentionnées dans les études sur l’alimentation et la migraine. Pourtant, il s’agit d’une maladie chronique invalidante dont l’une des caractéristiques est l’altération des fonctions exécutives (à certains moments de la crise et à des niveaux variables selon les personnes). Ainsi, si la migraine affecte déjà les fonctions exécutives de façon générale, les préoccupations associées à l'alimentation pourraient augmenter davantage cet impact.

Si vous désirez tout de même faire des changements dans votre alimentation en éliminant certains aliments, il est recommandé de le faire avec le soutien d'un·e nutritionniste qui pourra vous guider dans votre démarche.

Que peut-on conclure?

La recherche sur le microbiome et la migraine en est encore à ses débuts, et il est trop tôt pour recommander des interventions alimentaires visant à modifier le microbiome dans le but d'influencer la migraine. On sait toutefois que des habitudes alimentaires durables seraient nécessaires pour induire une modification stable de la composition du microbiome intestinal.

Ceci dit, il est toujours encourageant de constater que la recherche progresse, et que de nouvelles pistes prometteuses apparaissent pour une meilleure compréhension de la migraine. De plus, il est intéressant de voir que les informations que nous avons sur le microbiote et la migraine confirment l’importance de l’autogestion, non seulement en termes d’alimentation mais aussi de sommeil, d’activité physique et de gestion du stress. Tous ces facteurs, liés aux habitudes de vie, ont des impacts sur le microbiote. 

Pour aller plus loin


Références

  • Gamil, Noha M., Rana M. Ghorab, Reham Z. Elsadawy, Nada M. Khadrawy, Mohamed Abdelhamid, Khalid A. Ismael, Omar A. Mohamed, Mohamed M. Ata, Habiba T. Jalal, Joumana E. Zeidan, Reem T. Rashed et Riham A. El-Shiekh, « A review on gut microbiota and migraine severity: a complex relationship », Inflammopharmacology, 2025. 
  • Gorenshtein, Alon, Kamel Shihada, Liron Leibovitch, Tom Liba et Avner Goren, « The association between migraine and gut microbiota: a systematic review », Acta Neurologica Belgica, vol. 125, no 4, 2025, p. 977-987. 
  • Mugo, Caroline W, Ella Church, Richard D Horniblow, Susan P Mollan, Hannah Botfield, Lisa J Hill, Alexandra J Sinclair et Olivia Grech, « Unravelling the gut-brain connection: a systematic review of migraine and the gut microbiome », The Journal of Headache and Pain, vol. 26, no 1, 2025, p. 125. 
  • Sivri, Dilek et Hilal Yıldıran, « The Role of Gut Microbiota in Migraine: Effects of Probiotics, Prebiotics, and Their Combinations », European Journal of Neuroscience, vol. 62, no 11, 2025, p. e70316. 
  • Slavin, Margaret, Huilun (Amber) Li, Cara Frankenfeld et Lawrence J. Cheskin, « What is Needed for Evidence‐Based Dietary Recommendations for Migraine: A Call to Action for Nutrition and Microbiome Research », Headache: The Journal of Head and Face Pain, vol. 59, no 9, 2019, p. 1566-1581. 
  • Yong, Dongeun, Hakbae Lee, Hyung-Gyu Min, Kyungnam Kim, Hyun-Seok Oh et Min Kyung Chu, « Altered gut microbiota in individuals with episodic and chronic migraine », Scientific Reports, vol. 13, no 1, 2023, p. 626. 
  • Zang, Xuege, Yongkun Du, Mengshu Jiang, Shiyao Zhou, Libo Wang et Xuemei Han, « A thorough investigation into the correlation between migraines and the gut microbiome: an in-depth analysis using Mendelian randomization studies », Frontiers in Neurology, vol. 15, 2024, p. 1356974. 
  • Zhang, Niushen, Stephanie Tran et Leon S. Moskatel, « The Gut Microbiome and Migraine: Updates in Understanding », Current Neurology and Neuroscience Reports, vol. 25, no 1, 2025, p. 20.
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